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Histoires de vie, et de vies...

La Baladine

Histoires de vie, et de vies...

Le Paladin

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C'est l'histoire d'un homme malade d'une inguérissable enfance qui, au lieu de le construire, n'a cessé de le déliter.

Sa vie commence par une suite d'abandons. Mère et père mariés après sa conception, séparés avant sa naissance. Un nourrisson déposé chez une grand-mère, puis une nounou, à temps plein. Huit années durant. Huit années de relations épisodiques entre la mère et l'enfant, entre le père et l'enfant. Un weekend, une semaine de vacances, parfois plus, un mois, parfois moins, parfois rien.

C'est banal, c'est tragique. Juste un petit bout d'homme pas assez important pour qu'au moins un de ses deux parents lui consacre du temps quotidiennement. Notez bien que je n'ai pas dit tout son quotidien; mais ce que tout parent soucieux de l'épanouissement de son petit fait chaque jour, matin et soir, même si c'est au prix d'un course permanente. Elever un môme seul(e) n'est pas chose facile, tant il est vrai  qu'en donnant la vie on donne un peu sa vie... Mais ce mouflet, lui, ne le mérite donc pas? Alors quoi? Pas assez gracieux? Pas assez remarquable? Pas assez aimable? C'est le doute installé au berceau. C'est Mozart qu'on assassine. 

Et plus tard, ballotté entre mère et père, comment faire pour grandir, s'épanouir et se structurer quand l'une vous susurre onctueusement qu'on n'a qu'une seule mère, mais tous les pères qu'on veut, et que l'autre vous assène avec le ton pédant de celui qui condescend à vous délivrer un peu de son omniscience "ta mère est bête!"... C'est du poison dans les veines.

On ne bâtit pas sur des sables mouvants. 

Ce môme-là va passer trente-trois ans de sa vie à tenter coûte que coûte de se faire aimer des autres, à défaut de pouvoir s'aimer lui-même, et se heurtera toujours au même mur.

Invariablement, on l'abandonne.

Dans son très joli, bien qu'assez noir, film My Old Lady (adapté de la pièce éponyme), Israël Horovitz fait dire à son personnage principal:"Si on veut tuer un gosse, on ne lui tire pas dessus, non, on ne fait rien, on se contente de rester à distance et de le regarder dépérir à force de consacrer sa pauvre vie à essayer de vous plaire, ou de vous déplaire. Et à un moment, le gosse, il se dit "il faut que j'arrête de faire ça!" Mais on n'y arrive pas! On se dit que toutes les autres personnes sont aimées sauf vous. C'est votre terrible secret..."

A suivre...

 

 

Le Paladin
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mansfield 30/11/2016 14:34

Aïe, mal aimé, mal aimant, un cercle vicieux et des catastrophes qui font boule de neige quand on le rencontre sur son chemin!

La Baladine 30/11/2016 16:36

Oui, c'est toute la difficulté... Un enfant reste à jamais victime de l'égoïsme et de l'inconscience des adultes...

le-gout-des-autres 14/11/2016 09:55

Quand je te le dis, Freud s'est planté ! C'est pas (que) le père qu'il faut tuer ! C'est sa mère !
C'est un expert qui te cause, là...

La Baladine 14/11/2016 15:13

Je viens de lire l'histoire des pull-over vert bronze et de la blouse bleue... ;-)

La Baladine 14/11/2016 10:04

Françoise Dolto n'avait pas encore "sévi"...

Célestine 13/11/2016 13:53

Ton billet est très émouvant.
J'en ai vu de ces gosses là dans ma longue carrière, des estropiés de l'amour, des mendiants de caresses, ballottés et grandi de guingois dans des corps ivres de câlins, de tendresse qui ne venait jamais.
mais il me semble que ton paladin a quand même eu une chance exceptionnelle: celle de te rencontrer. ;-)
Bisous émus
¸¸.•*¨*• ☆

La Baladine 13/11/2016 15:04

C'est vrai qu'on les reconnait bien, ces gosses blessés qui se croient maudits, ces écorchés qu'un rien suffit à désemparer, qui se sentent toujours et partout insuffisants, et qui ont l'air de toujours s'arranger pour reproduire la blessure initiale...
Dans son cas, il aurait suffi que ses parents reconnaissent sa souffrance; ça n'est jamais arrivé. "Tu es un enfant du divorce, tu ne t'en es jamais remis", lui a dit un jour son père. Je n'ai pas pu m'empêcher d'admirer son sens de l'esquive!
Merci pour le beau et doux regard que tu poses sur mes mots.
Bisous marins

heure-bleue 13/11/2016 12:13

Et on arrive à se construire quand même, j'ai été abandonnée par ma mère à quatre ans, elle est revenue plus tard avec ma sœur.
Je connais les psy, ça aide.

La Baladine 13/11/2016 14:51

Peut-être, s'il avait eu le secours d'un psy à 20 ans, le cours de sa vie aurait été différent. Il aurait appris à se considérer avec amitié, compris qu'il n'était en rien responsable de sa souffrance... "Souffrir, c'est vivre sans pouvoir vivre", a écrit Françoise Giroud.