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La Baladine

Histoires de vie, et de vies...

Ma ville, frégate chalutière

C'est l'histoire d'une frégate, belle et atypique, unique, qui n'a pas hésité à  faire de ses origines chalutières un de ses trésors, parce que les  pêcheurs sont de merveilleux marins pour qui la mer est tout, et que la vie leur est rude. Parce que ce sont eux qui l'ont bâtie, ma ville, d'abord chalut, avant que quelques artistes peintres et écrivains en quête de calme et d'authenticité ne fassent le reste. 

Devenue frégate, propulsée sous les feux de la célébrité, pavoisée jusqu'à la nausée, elle aurait pu sombrer dans un narcissisme imbécile. Et pour tout dire, il lui est arrivé de se sentir glisser vers d'inquiétants rivages d'autosatisfaction. Bref, elle menaçait de prendre la grosse tête, quand un yacht grand luxe surgit fort à propos pour lui piquer la vedette, et c'est tant mieux. La frégate a retrouvé ses pêcheurs, sa douceur, gardé ses vieux bois sombres, robustes et sûrs, burinés de tendresse. Et regardé défiler les capitaines. Elle a même fini par s'ennuyer un peu. S'étioler. Se rabougrir.

Et puis il est arrivé. Lui. Et il est resté. Longtemps. Il ne s'est pas lassé, il s'est même amusé, il faut croire qu'il l'a aimée, tant il est vrai on ne s'amuse bien qu'avec ceux qu'on aime vraiment. Elle le sait, elle le sent, elle vous dira qu'il l'aime encore. Des années durant il a déployé sa stratégie, plus soucieux de réparer le gréement que de lustrer les boiseries, attaché à ce qu'elle redevienne et demeure un vrai et bon voilier,  fiable, accueillant, elle qui ne demandait pas mieux que voguer sur les grands flots, entre deux gris, entre deux verts, entre deux bleus, peuplée d'un équipage choisi pour la plupart, et c'était une douceur de répondre à la barre, et si vous tendez l'oreille, elle vous murmurera qu'ils ont connu des heures où la navigation était proche du rêve... même s'ils en ont bavé, aussi, s'il a fallu plus souvent qu'à leur tour composer avec la fureur et l'embrun, les gifles de paquets de mer, le feu, et la folie des hommes.

Las, au gré des circonstances, la nature humaine peut se révéler bien versatile et quand, moins par fatigue que par raison, le capitaine s'est décidé à passer la main, les masques sont tombés plus vite que le vent sur la mer. Entre le miel et le fiel, il n'y a qu'un choix,  un renoncement.

Après avoir longtemps navigué de conserve, l'équipage a dévoilé un panier de crabes assez inattendu.  Ont surgi soudain flibustiers, écumeurs et autres écornifleurs qui, se prenant pour les révoltés du Bounty, allaient  planter un poignard symbolique dans le dos du capitaine, reniant à la fois celui qui les avait nommés en confiance,  nourris, accompagnés, mais aussi le projet qu'ils avaient porté, et, pire encore, le travail accompli par l'ensemble des matelots. Puis, foulant sans vergogne tout cohérence et dignité, ils sont venus quémander une récompense de la main même qu'ils venaient de mordre.

Tout vaisseau mérite mieux que des amitiés sans âme, que le mensonge, la délation, le complotisme, la victimisation et les procès d'intention, sous peine de se condamner à vivre dans l'angoisse du déchirement de sa coque sur quelque effrayant récif d'imprévisibles parages côtiers, au hasard d'une erreur de navigation, à la merci du premier grain.

Nous autres humains l'oublions trop souvent, nous sommes tous embarqués sur le même bateau, et c'est un vaisseau fragile que le nôtre. Je n'ai évidemment de conseil à donner à personne, mais moi, quand je dois choisir un capitaine, je cherche dans les yeux, dans la voix des prétendant(e)s au commandement la même émotion, la même tendresse que celles qui sont miennes. Je cherche la cohérence entre les actes et les idées, la fidélité aux convictions, l'absence totale de délation, d'agressivité. Un soupçon d'humour et beaucoup d'amour. 

Pour appareiller sereinement, ce qu'il lui faut, absolument, ce qu'elle désire, la frégate chalutière, c'est une capitaine gracile et courageuse, sereine et déterminée, accompagnée d'un équipage soudé, amoureux de son vaisseau, plus occupé à mettre l'humain au cœur de son projet qu'à dézinguer l'adversaire, un équipage uni pour rassembler. Ils ne se connaissaient pas forcément quand ils ont commencé à travailler ensemble, mais au bout d'une semaine, ils s'aimaient déjà tous comme seuls s'aiment les gens qui se respectent. Un par un ils ont choisi de monter à bord du même vaisseau, ensemble ils ont choisi d'y voguer à la même allure, ensemble ils inventent leur aventure, et personne ne s'économise.  Etre capitaine, être membre d'un équipage, c'est un curieux pouvoir, et une étrange fragilité. Il ne faut jamais se tromper d'ambition. Ne jamais se laisser aller à ignorer la valeur de chaque matelot, mais faire de lui un acteur véritable et conscient du cap à maintenir. 

C'est un choix précieux que nous allons faire, tous et toutes autant que nous sommes. Il dépend de chacun(e) d'entre nous que le voyage soit un pensum ou une belle aventure. Ensemble.

A Sylvie et son équipe

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À propos

La Baladine

Acidulée mais pas acide, féministe assurée et romantique assumée, rieuse et mélancolique, résolument positive dans un monde dépressif, agitatrice de cervelle, gratteuse infatigable du vernis des humains pour voir ce qu'il y a dessous... "Je ne fais effort ni pour qu'on m'aime ni pour qu'on me suive. J'écris pour que chacun fasse son compte." Jean Giono
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Betty.... 17/03/2020 17:48

Je me suis donné le droit d'aller me promener ce tantôt , il fait beau le crois tu!!! il fait beau et pourtant comme la plupart des habitants de ma ville chérie ,ce jour mon esprit est préoccupé mais ...Il fait beau ...Je t'embrasse Sylvie

La Baladine 20/03/2020 23:37

Je ne vois ce message qu'aujourd'hui... Il faisait beau encore hier, et aujourd'hui a été gris et humide et froid. C'était le printemps quand tu as laissé tes mots et moins de trois jours après c'est toujours l'hiver. Rien n'est jamais certain. J'espère que tes préoccupations te laissent respirer. Ecris moi en mp si tu veux.
Je t'embrasse aussi. J'y mets mes pensées sincères.
Et j'apprécie infiniment le fait que tu sois venue poser ces mots dans ton silence. Je te le redis, je suis là.
Sylvie

Nikole 16/03/2020 14:58

"haut" la main ... quelle coquille signifiante !

La Baladine 20/03/2020 23:18

C'est vrai :-D

Nikole 16/03/2020 14:57

Contente pour elle, pour toi, pour vous, pour la ville. Baisers victorieux !
(Tout le contraire de chez moi, où je suis allée voter pour rien, notre locquedu de maire étant réélu hait la main, peuh !)

La Baladine 20/03/2020 23:18

Flûte pour ta ville. J'espère qu'elle se maintiendra à flots, histoire d'attendre des jours meilleurs.
Merci pour nous, pour Trouville, mais tout reste à faire!

Pastelle 15/03/2020 22:10

Ce soir j'ai pensé à cette frégate je suis allée voir les résultats de ta ville. Je suis contente pour toi et pour elle. :)

La Baladine 21/03/2020 11:16

Je vois ton message qui me chauffe le cœur ce matin... On dirait que ma plateforme cafouille toujours, je n'ai reçu aucune notification ces derniers jours. :-/
Merci jolie Sophie. Mais le Covid-19 remet tout en question. Ce qui est sûr, c'est que je vois l'équipe à laquelle j'appartiens mettre tout en œuvre pour activer la solidarité, tout en respectant les consignes de sécurité. Ardu, mais possible. Pendant que de l'autre côté, on essaie de récupérer la détresse de certains à des fins politiciennes. Gerbant.

J'espère que pour toi tout va bien, ainsi que pour les tiens, que les nouvelles sont toujours bonnes. J'y pense souvent. ♥

Edmée De Xhavée 15/03/2020 09:14

Quelle élégante métaphore, la ville et la frégate, les soins jaloux qui créent les jalousies, les rivalités, le ponçage, les voilures que l'on restaure avec gros fil et plein d'amour, la coque que l'on repeint, les sombres luttes qui ont lieu dans la soute... La capitaine les cheveux au vent et à la barre... Que souhaiter??? Tout le meilleur, bien sûr!

La Baladine 20/03/2020 23:10

Merci! Ces comparaisons que tu fais, c'est tout à fait ça. Il y a celui (ou celle en l'occurrence) qui s'attache à tout réparer mais avec une vision à long terme, et celui (et celle ) qui se contente de gros pansements bien voyants et très périssables. Aux concernés de faire le tri, et le bon choix!

Nikole 11/03/2020 19:26

Quelle avocate tu fais !!! :-)♥

La Baladine 13/03/2020 15:26

RRRAAAHHH "les mots qui exprimeNT"... M'ENFIN!!!

La Baladine 13/03/2020 15:25

J'essaie juste de trouver les mots qui exprime le plus précisément possible ce en quoi je crois, ce que je vois, ce que j'espère. En choisissant cette équipe que j'espère voir tout bientôt à la tête de ma ville, je fais en sorte de trouver la bonne solution à des interrogations précises, et j'y mets une sincérité absolue. C'est tout.
Merci beaucoup ♥

Célestine 11/03/2020 16:06

Quelle belle métaphore marine : mes préférées !
J'admire toujours l'attachement à une ville, moi qui ne suis de nulle part.
Et j'espère de tout coeur que tes voeux se réaliseront les deux week-ends qui arrivent.
C'est vrai qu'une équipe municipale peut détruire ou magnifier une ville. Six ans, c'est court et c'est long, c'est selon...
Bonne chance à ta frégate.
Bises attentives
•.¸¸.•*`*•.¸¸☆

La Baladine 13/03/2020 15:12

Je vais paraphraser ce bon vieux Voulzy et dire que j'ai tu as "un rêve que tout l'monde fait", un "rêve d'eau et d'océan", et puis un vaisseau c'est comme la vie solitaire ça se tente à ses risques et périls mais ensemble c'est tellement plus fun ;-)

Je ne me sens pas de quelque part précisément, je me suis sentie bien à peu près partout où je me suis arrêtée, et j'ai fait plus d'un arrêt... Mais c'est ici que ma fille a grandi, s'est épanouie, c'est ici que j'ai vécu mes plus beaux moments, les plus douloureux aussi. C'est ici que j'ai croisé de magnifiques personnes, qui ont enrichi ma vie. Ça ne me crée pas forcément des racines au sens où on l'entend le plus souvent, mais ça forge un attachement sincère, profond, qui ne s'éteindra jamais, et de là naît tout naturellement le souci de faire en sorte que tout ce qui a été perdure et devienne encore plus beau, plus accessible, plus rayonnant.
Il paraît qu'il ne faut pas remercier quand on vous dit bonne chance, mais aujourd'hui c'est vendredi 13, tout est permis, et puis je ne suis pas superstitieuse, ça porte malheur ;-D
Bises confiantes

Dédé 09/03/2020 17:57

Groumpf! = cri de la Dédé énervée. J'avais laissé un commentaire et il s'est perdu, semble-t-il, dans les méandres de la blogosphère. Je pense qu'il doit être très loin maintenant et je ne pourrai pas le rattraper même avec ma super navette spatiale. Je disais donc que ton texte, tout en métaphores, est très beau. Mettre l'humain au centre, voilà ce que tout les politiques, de gauche ou de droite, devraient faire. Les beaux discours restent des discours mais c'est sur le terrain que vogue la galère. Et il ne faut jamais oublier que nous ramons tous, parfois sur des flots déchaînées, d'autres fois sur des mers plus calmes et qu'il est important que le capitaine et ses seconds tiennent bien la barre. Je crois encore à la démocratie et j'espère que les gens voteront! Bises alpines dans une petite tempête de neige de fin de journée.

La Baladine 13/03/2020 14:58

Croisons les doigts! Toute personne convaincue de l'utilité de sa voix se déplacera, c'est certain! Il nous appartient d'avoir la volonté d'agir sur nous-mêmes, sur nos vies et de ne laisser personne penser et choisir à notre place!
Je t'embrasse dans le retour (bref) de l'hiver, ce matin c'était le printemps ;-)
Merci pour la persévérance ♥

Gwen 09/03/2020 17:37

Merci d'être passé voir la Bourlingueuse ! Tu parles de ta ville avec tat de lyrisme... J'espère que tu feras partie du le prochain équipage.
A propos de "me too" je ne peux m'empêcher de me souvenir d'un certain Gabriel Matzneff qui étalait ses débordements avec une complaisance jubilatoire, face à des interviewers radio et TV accrochés à ses lèvres et qui ne pipaient mot ! C'était tellement "in"...

La Baladine 13/03/2020 15:44

C'est toujours un plaisir de se poser chez toi, ton énergie est si contagieuse (et là c'est pour de bonnes raisons, pas comme ce fichu virus)!
Merci d'être venue à ton tour:-)
Quant à Meetoo, au-delà du mouvement planétaire, il s'agit en France de tout un système qu'il faut déconstruire pour quelque chose de plus digne, en finir avec un vieux monde bâti sur des rapports de domination... Que ce soit dans le cinéma, la littérature, le sport, le monde chrétien, la politique, tout ça n'est qu'un symptôme de ce qui concerne toute la société française, tous les milieux sociaux et professionnels. Et avant qu'on ne vient me reprocher d'être une moralisatrice à la petite semaine, je rappelle qu'il s'agit de crimes, pas de morale.
Ça n'enlève rien au talent (réel ou supposé) de leurs auteurs, ça ne les dédouane pas non plus.
:-)

Xoulec 07/03/2020 21:34

Beau texte imagé, métaphorique à souhait. Je n'avais même pas vu le titre, tant la lecture m'a absorbé.
Quand le bateau coule, les rats quittent le navire, c'est bien connu !
Mais quand le bateau est bien accastillé et qu'il jouit d'un certain prestige, il attise immanquablement les convoitises de beaucoup de capitaines, fussent-ils de pédalos...
Tu aimes ta ville et cela se voit, se ressent, est plus juste.
Que dire de plus à la prochaine équipe, sinon, bon vent !


"Un bateau blanc vogue vers des chimères
Des hommes rêvent en regardant la mer
Un bateau blanc a pris le vent
Droit devant lui vers le soleil levant"

http://seriestar.free.fr/visugen.php?gene=http://seriestar.free.fr/videoseriestv/Trois%20mats%20pour%20l%27aventure%20-%20Generique.mp4&widhig=460x344&titre=Trois%20mats%20pour%20l%27aventure

La Baladine 08/03/2020 20:46

Merci :-)
Je ne connaissais pas cette série... Ce qui est évident dans les images, c'est le travail, la nécessité du travail.
Sinon, je serais bien chagrinée que Trouville se retrouve avec à sa tête ce genre de personnages :
https://youtu.be/aoQDceHH78U

Pastelle 07/03/2020 19:08

Tu as de jolies comparaisons, et de très belles manières de parler de ta ville et de ceux qui en sont responsables. Feras tu partie de l'équipage ?
En tout cas moi je voterais pour quelqu'un qui écrit ainsi ! :)

La Baladine 08/03/2020 20:43

Je fais partie de ceux qui travaillent à mettre la capitaine idéale à la tête du vaisseau ;-)
Merci pour ce commentaire confiant :-)

alainx 07/03/2020 17:51

Un beau texte sur la perception de ta ville et ce qu'il faudrait qu'il advint.
Beaucoup de justesse et de lucidité dans les propos.

Quand un capitaine s'en va après de très longues traversées, il y a toujours dans l'équipage celles et ceux qui rêvent d'accéder à la passerelle de commandement et si possible au gouvernail.
Il en est forcément qui ont lu Machiavel.
D'aucuns de s'écrier : le capitaine n'est plus, vive le nouveau capitaine, c'est-à-dire vive moi !
Mais au final ce sont des soutiers ordinaires que viendra la décision lorsque tous les équipiers seront appelés à choisir.
Qui de Sylvie, Stéphanie, Michel ou Delphine ?
Il semble bien que tu aies fait ton choix.
Et vogue la galère par un vent favorable…
Bonne chance à l'équipe choisie.

La Baladine 08/03/2020 20:40

Tu me connais, je n'ai pas choisi au hasard ou sur une simple affinité.
C'est un long et important chapitre qui se clôt pour Trouville, et il importe de ne pas se tromper pour la suite.
Je vois et côtoie une équipe solide, courageuse, lumineuse, respectueuse, qui présente et défend un programme ambitieux, cohérent, rassembleur, qui voit loin et n'oublie personne.
Je vois, lis et écoute des équipes (surtout une) au discours populiste, chaotique, vite agressif, certain(e)s éludant toute question gênante (pas toujours facile de justifier une budgétisation à la fois pointilliste et hasardeuse) au point de mettre au point une censure systématique sur les réseaux, se livrant avec désinvolture à la délation, et, ne reculant devant aucune obscénité, à la victimisation... Des qui considèrent qu'un point crucial est de savoir si on est trouvillais "de souche" ou pas... Tu le sens le relent pestilentiel? Tu le vois le gage de compétence?
Une "directrice de campagne" qui perd ses nerfs et insulte à tout va tout en cherchant, là encore, à passer pour la victime, mais victime de qui ou quoi, personne ne sait, puisque personne n'en parle.
Bref, oui, j'ai choisi, et plus j'avance, plus je sais que j'ai fait le bon choix, le seul possible pour que Trouville continue à voguer sereinement.
Et je gage que si tu vivais ici, tu aurais fait comme moi.
Je t'embrasse.